France Wagner par "Corneille" (mars 1990)

 Dès que l'on entre dans l'atelier, le regard plonge par la fenêtre sur un grand  espace gris, ponctué par quelques petits arbres et arbustes : c'est le cimetière Montparnasse avec au loin, se découpant, la Tour. Une mer de pierres rythmées par des croix, des stèles, quelques bustes, des statues et des bas-reliefs.
 
D'en haut, cela ressemble à un immense jeu d'enfant, un espace ludique, comme jeux de légo mais unicolore.
 
Un silence empreint de sérénité en émane.. C'est là que repose Charles Baudelaire, le poète et visionnaire, ainsi que Sartre.
 
Auncune tristesse ne flotte ici dans l'air printanier.
 
Baudelaire parle ainsi de la mort : "C'est la mort qui console, hélas ! et qui fait vivre ; c'est le but de la vie et c'est le seul espoir qui, comme un élixir, nous monte et nous enivre et qui donne le coeur de marcher jusqu'au soir".
 
Je regarde FRANCE et ses yeux noisettes brillants et rieurs.
 
"La mort est là, bien sûr, inéluctable, mais seulement acceptable si on a bien rempli sa vie".
 
Je regarde derrière elle, une pièce pleine de toiles empilées et posées un peu partout. Dans cet atelier, c'est la vie, FRANCE n'a aucune faute à expier... Le champ de son travail, son aire, c'est un petit paradis terrestre d'avant le péché.
 
Acharnée au travail volontairement asservie, elle peint avec une grande innoncence les fruits, les fleurs, des visages de femmes et des arbres : des toiles à la lumière chaude et irisée, très hautes en couleurs;

L'innocence se révèle même dans ses nus qui échappent à toute charge érotique, sensuelle ou simplement charnelle.

FRANCE WAGNER, inlassablement, peint la joie, l'allégresse qui l'habite. Il n'y a pas de mystère chez elle (je le regrette un peu...).

Au bout de ses pinceaux, il y a aujourd'hui le Yémen (elle en revient). Elle s'est emplie les yeux de cette contrée mystérieuse et le peintre étant ainsi fait, ce qu'elle a engrangé dans sa mémoire ressurgira un jour sur la toile. 

En rentrant chez moi ce soir-là, j'avais le coeur à marcher.  
CORNEILLE
PARIS, 5 mars 1990 

.